magalie gues....
Si le bonheur transcendant constitue l’objectif de la recherche humaine, l’art parvient parfois à satisfaire cette avidité dévorante.
Accroche trop lointaine. On ne voit pas du tout le rapport avec la question.
Que l’on comprenne une œuvre d’art pour l’apprécier à sa juste valeur et en tirer sa « substantifique moelle » ou que l’on se contente de son apparence superficielle est une question de culture. Le tout est de savoir si le vrai bonheur réside dans l’apparence dégagée ou dans l’essence même de l’objet.
Peut-être aurait-il fallu placer la phrase d’accroche au milieu de ce paragraphe, ou en tous cas recomposer l’ensemble de l’introduction. Celle-ci, pourtant, cerne tout de suite (même de manière lapidaire) le problème dans ses enjeux les plus pressants : prend-on plus de plaisir (« goûte-t-on mieux dans l’apparence superficielle de l’œuvre ou dans son analyse culturellement éclairée ? Sans doute fallait-il mieux rattacher le bonheur à « goûter » ; mais on voit tout de suite à quel niveau de réflexion se situe le devoir : il commence là où la copie s’arrête. Nous voilà donc d'emblée dans la philosophie, à la grande joie du correcteur.
« L’art sert à embellir la vie » disait Nietzsche. Si, en effet, on réduit l’art à sa fonction de créateur de « belles choses », il semble inutile de suivre des cours d’Histoire de l’art pour apprécier une vision d’ensemble harmonieuse.
Il aurait sans doute fallu approfondir en mentionnant, par exemple, les arts décoratifs.
Selon Hume, il n’existe pas de norme du goût.
Contresens sur Hume, qui tout au contraire s’efforce de dégager cette norme.
Dans cette optique, chacun adopte un style de préférence et l’avis sur le beau se résume à un sentiment sur l’œuvre en question. Le bon goût est souvent, comme disait Voltaire, « très subjectif » ; il est donc loin d’être semblable d’une personne à l’autre. Si chacun a trouvé son propre bon goût, la question de la culture n’intervient pas puisque le but recherché du bonheur est atteint dans tous les cas.
Il serait sans doute plus correct de parler du plaisir ; mais rappelons qu’à ce stade de l’année, le cours sur le bonheur n’avait pas encore eu lieu. La confusion est pardonnable.
Toutes les œuvres ne nécessitent, pour être appréciées, que du bon sens. Il suffit d’écouter un Prélude de Bach pour se laisser emporter par une harmonie simple, compréhensible, et donc parfaite. La simplicité est un critère principal à l’atteinte de l’œuvre, et donc à l’atteinte du bonheur qu’elle dégage. Le Corbusier disait, en l’appliquant à l’architecture, que « là où naît l’ordre naît le bonheur ». ce principe de purisme met l’accent sur cette relation entre l’épuration des formes et des volumes, en l’occurrence, et le but ultime délivré par l’art en général.
On n’accumule jamais les conjonctions de coordination. « Donc » suffit. Idée importante et originale. Le contraire de la simplicité est l’affectation, ou la pose, qui donnent des œuvres surchargées et absconses. Au contraire, la simplicité, par définition, s’adresse à tous. Dès lors, les « grandes » œuvres d’art n’exigent pas de culture particulière pour être goûtées.
Goûter une œuvre d’art est alors offert à tous, grâce à l’universalité du bon sens. Cependant, la culture et l’étude de l’œuvre offrent une étendue de critères nettement plus vaste.
La culture offre la comparaison. Qui peut effectuer un choix sans critères ? Comment choisir entre l’art baroque et l’art roman sans visiter leurs monuments caractéristiques ?
De plus, un bon juge ne peut comparer des œuvres uniquement sur leurs apparences : entre en jeu toute la partie technique de la réalisation notamment. Ce critère comparatif n’est pas, contrairement aux autres, seul produit du bon sens mais bien d’un apprentissage particulier. De même interviennent la qualité des sens et des organes. Seule une oreille entraînée pourra saisir le « free-jazz » de Miles Davis à la fin de sa vie. Des sons pouvant sembler discordants sont en réalité le fruit de mûres réflexions.
La culture trône alors comme la gardienne d’un certain nombre d’œuvres d’art. Néanmoins, le goût pour une œuvre peut posséder plusieurs dimensions.
Excellent raisonnement servi par des exemples pertinents et originaux. S’il est possible de goûter les œuvres géniales (donc simples) sans culture, cependant celle-ci offre un spectre d’analyse beaucoup plus vaste, auquel la seule sensibilité ne peut suppléer. Il existe donc, à côté du « génie » au sens strict, des œuvres d’art plus recherchées dont la compréhension requiert une connaissance spécifique.
En effet, d’après Hume, il convient de distinguer le jugement du sentiment.
Nouveau recours à Hume, correct cette fois. Son autorité couvre une distinction conceptuelle sur « goûter ».
Si dans l’expression « goûter une œuvre d’art » on entend « avoir du goût », cela n’implique qu’une appréciation. Le goût se décrit alors comme un sentiment, donc forcément subjectif, mais aussi fortement vrai, puisqu’il ne se base pas sur la raison mais sur un jugement de valeur strictement personnel. Dans ce cas, on peut extraire une forme de « régal des sens », constitutif d’un bonheur limité en temps. En effet, l’habitude lasse ; l’apparence évolue, change ; mais l’œuvre reste semblable à elle-même.
Nouvelle imprécision entre bonheur et plaisir, toujours pardonnable pour la même raison que ci-dessus.
Pour atteindre alors le bonheur intemporel, il faut comprendre l’œuvre. Le jugement, à la différence du sentiment, nécessite une culture de la raison car un, et un seul, est vrai.
Phrase peu claire. L’élève veut dire que, face à un même objet, plusieurs sentiments sont possibles, mais un seul jugement (éclairé) est correct. (Cette idée se trouve chez Hume.)
A l’origine de l’œuvre se dissimule l’artiste, trop souvent oublié. L’artiste est celui qui, comme l’artisan, détourne et utilise la nature à son profit. Toute la technique nécessite, comme le dit Descartes, de « devenir comme maîtres et possesseurs de la nature ». L’emploi de « comme » appuie la notion d’effort nécessaire à la réalisation finale : la nature s’oppose à l’Homme. Si l’effort fourni a permis la réalisation de l’œuvre, celui-ci doit être perçu par celui qui la découvre. Comprendre l’œuvre au-delà de sa couche superficielle nécessite de se rendre compte du travail effectué.
Voilà qui part un peu dans tous les sens, et gâche en partie le raisonnement. L’élève veut dire qu’un seul jugement est correct parce que l’œuvre a été conçue par un artiste. Le jugement correct consisterait alors à saisir l’intention et le travail de cet artiste, ce que la seule sensibilité est bien incapable d’accomplir. La citation de Descartes ne semble pas à sa place : l’élève a peut-être voulu la recaser « à tout prix ». Stratégie maladroite, qui fausse le développement.
Ce n’est pas forcément la quantité de travail dans le sens manuel, il peut être avant tout mental. En effet, la calligraphie chinoise demande un temps d’exécution extrêmement faible par rapport à celui nécessaire à la réflexion antérieure sur le mouvement du pinceau, ou sur le choix du signe représenté. Quiconque ne perçoit pas le travail du mental ne peut s’imprégner du réel sens de l’œuvre : la raison rentre en jeu et celle-ci ne peut être acquise qu’avec de la culture.
A nouveau, un excellent exemple, très parlant pour un Occidental : faute d’une culture solide concernant la peinture chinoise, il nous est très difficile d’apprécier le travail mental inouï fourni par ces peintres ; dès lors, si nous pouvons jouir esthétiquement d’une calligraphie, nous ne la « goûtons » pas au sens le plus noble du terme, c’est-à-dire que nous ne rendons pas justice à l’artiste.
Certes, atteindre un certain bonheur n’est pas impossible sans culture. Cependant, cette absence de connaissances limite le nombre d’œuvres connues, mais surtout leur véritable valeur. Le bonheur se trouve restreint et superficiel. Tandis que si le travail est perçu à sa juste valeur, le jugement que l’on en tire est plus objectif. Il reste plus qu’à faire abstraction des préjugés pour dégager le vrai de l’art permettant l’accès à un bonheur plus complet.
Conclusion aussi décisive que nuancée : s’il est possible de « goûter » (au sens vulgaire) une œuvre d’art sans culture, néanmoins cela ne nous procure qu’un plaisir fugitif. Un vrai gâchis, en somme, devant le bonheur authentique et intemporel auquel la compréhension approfondie (« goûter » au sens noble) de l’œuvre nous donne accès.
Article ajouté le 2007-02-08 , consulté 60 foisCommentaires
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